CONFÉRENCES
Conférence de l'automne de l'Association des anciens patients de l'Institut de cardiologie d'Ottawa
Le 18 octobre 2007
« Chirurgie cardiaque : passé, présent et futur »
Dr Thierry G. Mesana
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Dr Mesana
L'Association des anciens patients a organisé une conférence cet automne, qui a été prononcée par le Dr Mesana, chef de la Division de chirurgie cardiaque à l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa (ICUO). Le Dr Keon a choisi avec soin son successeur, le Dr Mesana, natif de la France, en raison du talent et des compétences formidables de ce dernier.
La salle était bondée; bon nombre de personnes étaient venues écouter sa vision d'expert sur la situation de la chirurgie cardiaque. Le Dr Mesana a commencé sa conférence en disant que la pratique de la chirurgie cardiaque remonte à environ 50 ans et qu'elle avait initialement pour but de soigner les bébés atteints de cardiopathie congénitale et les jeunes patients requérant une chirurgie valvulaire. Cette pratique a rapidement pris de l'expansion pour inclure le traitement d'autres types de maladies du coeur, à l'aide de pontages coronariens par exemple, et mettre au point l'art de la greffe.

Les chirurgiens cardiologues ont finalement pu offrir ces traitements aux personnes âgées grâce à l'amélioration de la technologie et parce qu'il avait été confirmé que la chirurgie cardiaque pouvait être pratiquée avec succès sur cette clientèle. Dans les années 1980, les pontages coronariens ont pris le virage de la cardiologie interventionnelle dans les laboratoires de cathétérisme. L'angioplastie en est un exemple. Il est maintenant possible de défaire les blocages artériels à l'aide d'un ballonnet, sans ouvrir le thorax, en insérant un cathéter dans l'artère.
L'endoprothèse coronarienne a été inventée dans les années 1990 pour renforcer les artères afin de prévenir de nouveaux rétrécissements. Ici encore, un cathéter est utilisé pour implanter l'endoprothèse. De nos jours, il existe même un médicament aidant à prévenir les rétrécissements dans les endoprothèses.
L'augmentation du nombre de chirurgies valvulaires est étroitement liée au vieillissement de la population. Même si elles sont efficaces, les interventions entourant la chirurgie cardiaque en constante évolution associées aux recherches approfondies ont donné lieu à la mise au point d'interventions percutanées sur la valvule (non chirurgicales). L'art des pontages s'est également approfondi depuis l'invention de ces derniers, dans les années 1970. Maintenant, plutôt que des veines, les chirurgiens peuvent utiliser des artères mammaires internes, situées autour du sternum, qui sont des conduits supérieurs aux veines. On a découvert que les artères mammaires internes peuvent rester ouvertes plus longtemps et fournir un meilleur flux sanguin. L'expérience actuelle montre qu'elles ont une durée de vie de 10 à 15 ans, ou plus, tandis que les veines ne durent qu'environ 10 ans.
Dans les années 1960, les premiers pontages par greffes artérielles étaient effectués sans l'aide du coeur-poumon artificiel. En raison du mouvement du coeur, une dextérité prodigieuse était exigée des chirurgiens pour faire une incision dans le vaisseau qui ne mesure que 3 ou 4 mm, et par la suite, pour le suturer afin de minimiser les saignements. Plus tard, le coeur-poumon a été davantage utilisé. L'inconvénient de cet appareil, toutefois, est qu'il crée une circulation sanguine artificielle, ce qui peut occasionner des lésions au cerveau, au coeur et aux poumons. Maintenant, il existe des appareils et une technologie de soutien servant à immobiliser la zone précise du coeur où le pontage est effectué.
Les valvules artificielles ont également beaucoup changé au fil du temps. L'évolution des valvules, qui sont passées des valvules de céramique aux valvules de porc montées sur une endoprothèse coronarienne (utilisées surtout pour les patients plus âgés), durent de 12 à 15 ans. Il est intéressant de noter que plus leur durée de vie augmente, plus les risques d'usure diminuent. Les chirurgiens tendent aussi à utiliser les valvules de porc sans endoprothèse. Il semble que la détérioration de l'endoprothèse est un problème plus grave que celle de la valvule du porc. Finalement, un nombre relativement limité de transplantations de valvules humaines sont effectuées lorsqu'un donneur est disponible.
Le Dr Mesana possède une expertise spécifique dans la réparation des valvules coronariennes plutôt que dans leur remplacement. De telles réparations consistent en des opérations très délicates. De plus, elles sont rarement effectuées en raison de la pénurie de chirurgiens expérimentés. Néanmoins, le taux de succès est élevé si les opérations sont effectuées par des chirurgiens qualifiés. Près de 135 réparations de ce genre sont faites chaque année à l'ICUO et elles sont de plus en plus pratiquées.
Qu'est-ce que l'avenir nous réserve? Nous pouvons nous attendre à d'autres progrès liés aux valvules percutanées, aux valvules aortiques sur endoprothèse qui peuvent être introduites dans le coeur par l'aine à l'aide d'un cathéter. À l'heure actuelle, cette technologie est relativement nouvelle et les risques de décès sont plutôt élevés, soit de 40 %. En outre, le coût de cette intervention est élevé, se chiffrant à plus de 25 000 $.
Certains chirurgiens se demandent si la chirurgie cardiaque disparaîtra dans 20 ans en raison d'une plus grande utilisation de méthodes moins effractives. Le Dr Mesana a mis l'accent sur le fait que l'on aura encore besoin de chirurgiens. Il croit fermement que la nouvelle génération de chirurgiens fera avancer le développement de nouvelles technologies et de compétences à son tour. Il est d'avis que les nouveaux chirurgiens seront ouverts à la nouveauté et pourront s'adapter.
Davantage de chirurgiens cardiologues devront donc être formés, mais différemment d'il y a 25 ans. Les récentes statistiques médicales indiquent que le nombre d'opérations à coeur ouvert est toujours à la hausse et en particulier le nombre de nouvelles interventions moins effractives monte en flèche. En fait, en 2006, on a déjà rapporté qu'il y aurait une pénurie de chirurgiens du coeur et du poumon en raison des départs à la retraite. En effet, 73 % des chirurgiens actuels prendront leur retraite d'ici à 2019. Cette pénurie, associée à la demande croissante liée au vieillissement des baby-boomers, assure aux chirurgiens futurs une carrière prospère. Le défi sera d'attirer les meilleurs candidats, étant donné que les régimes de santé typiques rémunèrent insuffisamment les chirurgiens cardiologues comparativement à plusieurs autres types de chirurgiens. À l'ICUO, quatre résidents sont actuellement formés en chirurgie cardiaque.
La Division de chirurgie cardiaque de l'ICUO jouit d'une position bien en vue et bien méritée pour ses réalisations et a reçu de nombreux prix. Tout en étant très fier des compétences et des réalisations de son équipe, le Dr Mesana reste modeste en déclarant que son seul héritage sera dans le coeur de ses patients. Ils ont gardé contact avec lui au cours des années et continuent d'exprimer leur gratitude et leur admiration à ce médecin aux mains habiles, au coeur chaud et à la brillante réputation.
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