CONFÉRENCES
Conférence de l'automne de l'Association des anciens patients de l'Institut de cardiologie d'Ottawa
Le 18 octobre 2007
Le coeur d'une femme : ce que toute femme doit savoir pour garder son coeur en santé
Dre Louise Laramée
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L'excellent exposé de la Dre Laramée définit parfaitement les particularités de la maladie du coeur chez la femme
Saviez-vous que la maladie du coeur ne se manifeste pas de la même façon chez les femmes que les hommes? Que le taux de mortalité lié aux maladies du coeur augmente chez les femmes alors qu'il diminue de façon constante chez les hommes? Que chez les femmes, les symptômes sont plus flous, plus difficiles à interpréter et qu'il n'est pas rare de passer à côté? Que statistiquement, le risque de décès associé à une maladie de coeur chez les femmes est plus élevé (1 sur 3) que celui lié au cancer du sein (1 sur 27)? Que la maladie du coeur chez les femmes frappe quel que soit l'âge ou l'origine ethnique? Que certains facteurs de risque sont le présage de problèmes futurs? Que dans l'ensemble, trop de femmes n'ont pas conscience qu'elles courent un risque de maladie du coeur? Et, plus important encore, que la maladie du coeur peut être prévenue?
Une partie des 120 participants
À en juger par la participation record à la conférence d'automne de l'Association des anciens patients de l'Institut de cardiologie d'Ottawa (AAPICO) - un soir d'élections qui plus est! -, la maladie du cœur chez les femmes est un sujet d'actualité.
La Dre Laramée se fait convaincante
La conférencière, la Dre Louise Laramée, M.D., FRCPC, est une cardiologue chevronnée et boursière de l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa qui réalise des interventions cardiaques au laboratoire de cathétérisme, en particulier des angiographies et des angioplasties. Après avoir obtenu son diplôme de l'Université de Montréal, elle s'est jointe à l'équipe de l'ICUO, motivée par la possibilité de travailler sous la direction du Dr Donald Beanlands.
L'exposé de la Dre Laramée constitue un avertissement qui tombe à point et suscite la réflexion. Oui, les femmes sont exposées à la maladie du cœur, mais heureusement, elles peuvent faire beaucoup pour la prévenir et, si nécessaire, pour la maîtriser. Malheureusement, il n'existe toujours pas de traitement permettant de l'éradiquer.
La maladie coronarienne touche les artères du coeur. Elle apparaît dès l'enfance et progresse au fil des ans. Les artères durcissent à mesure que le cholestérol, les lipides et d'autres substances s'accumulent sur la paroi des artères. Le cœur reçoit de moins en moins de sang riche en nutriments. Le blocage d'une artère peut entraîner une angine ou une crise cardiaque.
C'est grâce à un projet de recherche entrepris au début des années 1980 que la Dre Laramée a découvert que la maladie coronarienne ne se manifeste pas de la même façon chez les femmes que chez les hommes. Il semble que même si cette découverte a eu des échos jusque dans la population générale, la gravité de la situation n'a pas encore été complètement saisie.
Quelles sont les principales différences observées? Chez les hommes, les blocages sont plus faciles à traiter, car ils sont localisés, alors que chez les femmes, la dissémination des dépôts lipidiques (plaques) dans toute l'artère rend le traitement plus compliqué.
Élément encore plus intéressant, chez les femmes, les symptômes diffèrent sensiblement de ceux observés chez les hommes. Alors que ces derniers ressentent généralement une douleur particulièrement aiguë et vive, caractérisée par une sensation de compression à la poitrine, chez les femmes, la maladie du coeur se manifeste de façons plus diverses. La douleur ou l'inconfort au niveau de la poitrine demeurent ses principales manifestations. Toutefois, la maladie coronarienne se manifeste parfois par une sorte de pression ou simplement de « sensation » qui ne se limite pas à la région de la poitrine. En fait, il convient d'être attentive à la région allant des oreilles jusqu'au nombril. L'inconfort lors de la marche, un bras ou un petit doigt engourdi, une douleur au niveau du dos, de la gorge, du coup, des dents ou de l'arrière de la mâchoire, un essoufflement, des nausées, des étourdissements, un affaiblissement, des sueurs, le fait de se « sentir mal » ou l'envie de consulter son dentiste sont autant de signes qui peuvent être liés à la maladie du cœur. Les femmes peuvent aussi avoir des maux de ventre, des brûlures d'estomac ou simplement la sensation d'avoir l'estomac plein. Lorsque de tels signes se manifestent à l'effort, c'est-à-dire lorsque vous entreprenez une activité (p. ex. la marche) et que ceux-ci disparaissent lorsque l'activité prend fin, ils sont à prenDre très au sérieux. Si les signes se manifestent lorsque vous subissez un stress émotionnel et qu'ils disparaissent lorsque votre attention se porte sur autre chose, prenez-en note.
Avec moins de symptômes communs, les femmes attendent souvent avant d'aller consulter. Elles ont en outre tendance à s'occuper des autres en priorité et à minimiser leurs symptômes. En s'effaçant ainsi, les femmes risquent de subir les conséquences d'un diagnostic tardif en situation d'urgence. Le questionnaire médical utilisé en consultation est axé sur la présence ou l'absence d'une douleur caractérisée par une sensation de compression au niveau de la poitrine, par conséquent, le diagnostic d'angine peut être facilement écarté. Un diagnostic posé tardivement pour ces raisons fait perDre un temps précieux.
Si vous avez l'impression qu'il y a un problème, ne vous rendez pas à l'hôpital par vos propres moyens, appelez le 9-1-1 pour recevoir un traitement par les services médicaux d'urgence le plus rapidement possible. N'ayez pas peur de générer une fausse alerte. Planifiez vos actions et tenez compte des signes avant-coureurs.
Chez les femmes, le profil des facteurs de risque actuel est alarmant. Êtes-vous surpris d'apprenDre que la moitié des Canadiennes cumulent de trois à cinq facteurs de risque et que parmi l'autre moitié, beaucoup en présentent quelques-uns? Certains facteurs de risques ne sont pas modifiables, comme les antécédents familiaux, l'apparition précoce de la maladie du cœur ou l'âge. Il semble pourtant que même si les parents, des oncles ou des tantes, ou d'autres membres de la famille proche sont décédés précocement, nombreuses sont celles qui n'en tiennent pas compte parmi leurs facteurs de risque. D'autres facteurs de risques sont modifiables, comme le tabagisme, l'inactivité physique, le surpoids, l'hypercholestérolémie, le diabète, l'hypertension ou un haut niveau de stress.
Malheureusement, l'effet des facteurs de risque est cumulatif. À titre d'exemple, la Dre Laramée a démontré que si vous souffrez d'hypertension, d'hypercholestérolémie et que vous fumez, le risque de maladie du coeur est multiplié par 11! Tristement, il n'est pas rare pour une femme de présenter une légère hypercholestérolémie, un peu d'hypertension et de fumer. Pris séparément, ces facteurs sont problématiques, mais lorsqu'ils sont cumulés, le cocktail est explosif. De plus, les facteurs de risque sont interdépendants. L'hypertension, le diabète, un taux élevé de triglycérides et un faible taux de HDL (bon cholestérol) sont souvent associés à l'obésité. La prise de poids dans la région « centrale » du corps est particulièrement dangereuse, car les graisses qui s'y accumulent libèrent, au même titre que de puissantes glandes, de grandes quantités d'acides gras et d'autres substances toxiques à l'origine du diabète, de variations hormonales et de l'apparition de plaques d'athérosclérose. Comment peut-on prévenir ou maîtriser la maladie du coeur? Les traitements comprennent des changements au mode de vie, la prise en charge des facteurs de risque et, si nécessaire, la prise de médicaments et une revascularisation visant à rétablir une bonne irrigation sanguine du coeur au moyen d'une intervention coronarienne percutanée (ICP) - aussi appelée « angioplastie avec implantation d'une endoprothèse » - ou d'un pontage aortocoronarien. L'hypertension peut être réduite par la gestion du poids, un apport limité en sel, de l'exercice et une diminution du stress. La maîtrise de la glycémie peut être améliorée par le choix d'aliments appropriés et la gestion du poids. Les taux de lipides peuvent être améliorés grâce à une alimentation saine et une activité physique régulière. Le fait de maintenir votre indice de masse corporelle (IMC) entre 18,5 et 24,9 et votre tour de taille sous les 88 cm (35 pouces) est impératif.
Quant au très controversé traitement hormonal substitutif (THS), la Dre Laramée a fait le point sur les recommandations les plus récentes. En bref, le THS constitue le traitement le plus efficace pour contrer les symptômes ménopausiques comme les bouffées de chaleur, les sueurs nocturnes ou les sautes d'humeur, mais pas la maladie du cœur. Par conséquent, le THS doit être prescrit uniquement pour contrer les symptômes ménopausiques modérés ou graves, à la dose efficace la plus faible durant la plus courte durée possible.
La Dre Laramée a pris congé de l'auditoire en livrant le message que la maladie coronarienne est en grande partie évitable. Elle est étroitement associée à la présence de facteurs de risque de maladie coronarienne connus. La présence de facteurs de risque multiples requiert une approche particulièrement énergique. La meilleure stratégie consiste à maîtriser les facteurs de risque de façon optimale.
Alors, il est important d'adopter un mode de vie sain. De réduire le nombre de kilos en trop ou de maintenir un poids santé, de demeurer actif, de manger sainement, d'avoir un apport en calories adapté à la dépense énergétique. De cesser de fumer ou de s'exposer à la fumée secondaire, de maîtriser l'hypertension, de maintenir un taux de cholestérol acceptable, de maîtriser son diabète ou d'en repousser l'apparition, de prenDre ses médicaments selon l'ordonnance, de faire de l'activité physique pendant 30 minutes chaque jour, de consommer de l'alcool avec modération ou pas du tout, de limiter l'apport en sel et en gras saturés, d'apprenDre à se détenDre et à gérer son stress, d'amener ses proches à partager un mode de vie sain, et ce, dès aujourd'hui!
À l'issue de l'exposé, la Dre Laramée a répondu de bonne grâce à chacune des nombreuses questions posées par les participants.
La tenue de cette conférence d'automne a également été l'occasion de remettre le prestigieux prix Wilbert J. Keon de l'AAPICO à l'un de ses récipiendaires, le Dr Joel Price. Le Dr Price a obtenu son diplôme de médecine à l'Université de l'Ouest de l'Ontario en 2004; il termine actuellement une maîtrise en santé publique de l'Université Harvard. Au cours de ses nombreuses années d'étude, il a reçu 14 bourses et mentions d'honneur. Il est en outre l'auteur de plus de 20 articles ayant fait l'objet d'une publication.
Le Dr Price en est à sa cinquième année de formation en chirurgie cardiaque. Expert en formation, il a supervisé les activités universitaires des résidents et travaillé sans relâche avec les étudiants en médecine à l'Université. Hautement respecté et très estimé par ses patients et collègues professionnels de la santé, le Dr Price mérite largement le prix Wilbert J. Keon.
Le Dr Price reçoit le prix Wilbert J. Keon des mains du président Herzog
En résumé, la soirée a connu un succès retentissant comme en ont témoigné les applaudissements qui ont salué la prestation de la Dre Laramée et les succès du Dr Price. À la tombée du rideau à 21 h, tous se sont rués chez eux pour connaître les premiers résultats des élections.
(Résumé par Angie Herzog pour le Bulletin)
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