Un baume pour le cœur : rencontre avec trois artistes

Le projet Un baume pour le cœur – qui invitait des artistes à peindre les dalles de plafond qui surplombent aujourd’hui les lits d’hôpital de l’Unité de jour et du Centre régional d’aiguillage de l’Institut de cardiologie – a été un franc succès. Pour faire suite à cette initiative, nous nous sommes entretenus avec quelques artistes pour leur demander ce qui les unissait à l’Institut, leur motivation à participer au projet et ce qu’ils en ont retiré. Voici leurs histoires respectives.

Artiste : Bev Legault 

Œuvre : Hidden Gem, Arboretum

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque Bev Legault s’est initiée à la peinture en 2000, elle réalisait des tableaux de ses perroquets et des oiseaux d’autres ornithophiles. Son intérêt se tournant peu à peu vers les oiseaux sauvages, elle a réalisé que pour parachever ses compositions, il lui faudrait apprendre à peindre leur habitat. De cet apprentissage est né l’amour qu’elle voue aujourd’hui à la peinture de paysages. 

Les liens qui unissent l’artiste à l’Institut de cardiologie sont multiples. Son mari s’est vu installer quatre endoprothèses après une visite à l’urgence en 2006, et son beau-fils a subi une crise cardiaque foudroyante alors qu’il avait à peine 46 ans. Plus récemment, son beau-frère souffrait d’insuffisance cardiaque congestive, ce qui l’a conduit à l’urgence; une angiographie de routine a détecté des blocages nécessitant un pontage. Enfin, la sœur de Bev a été secrétaire-réceptionniste pendant quelque 27 années à l’Institut, où elle était appréciée de tous. 

Ce n’est qu’un jour avant la date limite, par une publication dans un groupe d’artistes sur Facebook, que Bev a pris connaissance de l’appel à contributions artistiques. Elle s’est dépêchée à transmettre son nom – l’idée lui plaisait beaucoup, et elle y voyait un moyen de redonner à un établissement qui avait déjà tant fait pour sa famille. Lorsqu’elle se mettait à la place des personnes qui subissent une intervention, elle s’imaginait avoir peur et vouloir se concentrer sur autre chose. 

En peignant ce pont de l’Arboretum, Bev s’est demandé si les patients allaient parvenir à se visualiser dans ce paysage et à en retirer quelque pensée apaisante. L’artiste a aimé peindre la surface bosselée, qui contribue selon elle à donner un caractère impressionniste à son œuvre. Ravie d’avoir pu participer à ce projet, l’artiste récidivera volontiers si l’occasion se représente.

Artiste : Russ Paquette 

Œuvre : Healing Birches

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Artiste commercial de formation, Russ Paquette a consacré la première partie de sa carrière au graphisme intérieur et extérieur, se spécialisant dans la fabrication d’enseignes. En dépit du plaisir qu’il retirait de son travail – il se plaisait à travailler différentes surfaces comme la pierre, le métal et le bois -, il a entrepris des études en théologie à 38 ans pour se joindre au clergé et venir en aide aux communautés dans le besoin de la région d’Ottawa. Il a renoué avec son côté artistique à 55 ans, se tournant cette fois vers les beaux-arts.

Le père de Russ a commencé à présenter des symptômes de maladie du cœur dans la quarantaine et, à 46 ans, a dû subir une opération à cœur ouvert avec triple pontage. Les symptômes ont refait leur apparition sous forme d’angine plusieurs années après sa retraite. Or, selon l’artiste, c’est grâce aux soins que son père a reçu à l’Institut de cardiologie que les 15 dernières années de sa vie ont aussi été ses plus belles. Ses parents ont passé chacun de ces étés à leur roulotte au Big Clear Lake, leur routine consistant à pêcher entre amis, à boire du café à l’ombre d’un arbre en après-midi, à recevoir pour le souper et à passer leurs soirées à jouer de la guitare, à boire du café et à chanter. Après plusieurs années, son père a dû subir une seconde chirurgie cardiaque, et même si ses chances de survie étaient minces, il s’en est sorti haut la main. Russ est fort reconnaissant envers l’Institut de cardiologie d’avoir donné à son père plusieurs années de santé et de bonheur après sa retraite. 

Ayant lui-même subi plusieurs interventions, Russ se souvient avoir scruté le plafond à la recherche de quelque chose pour le distraire. Il espère que les peintures aideront réellement les patients à combattre leur stress dans ces situations et leur permettront de tourner leur attention vers la nature, au-delà des murs de l’hôpital, ou de se représenter un avenir après leur intervention. 

Il a choisi de peindre des bouleaux en raison de leur caractère sacré. L’artiste a mentionné que dans de nombreuses cultures – notamment dans les cercles autochtones au Canada –, on associe cette espèce d’arbres à la guérison. Pour Russ, l’art a quelque chose sacré, ce qu’il a d’ailleurs ressenti en créant son œuvre. Selon lui, si un artiste peut se laisser transporter pendant qu’il peint, « quelque chose de l’œuvre transcendera le simple pigment écrasé sur une toile texturée ». L’œuvre s’imprégnera selon lui d’une spiritualité intemporelle. 

En tant que pasteur, il était appelé à l’Institut de cardiologie pour visiter des patients qui vivaient des moments particulièrement difficiles. L’Institut, a-t-il souligné, a toujours témoigné le plus grand respect pour son rôle – une très belle expérience.

 

Artiste : Randal Bablitz 

Œuvre : Angiofish

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Randal Bablitz a toujours eu un côté artistique. Initialement attiré par la musique, il s’est promis il y a dix ans d’apprendre à peindre. Il a d’abord expérimenté avec l’acrylique et l’huile avant de s’inscrire à l’École d’art d’Ottawa et d’effectuer un certificat d’arts fondamentaux. 

Atteint de bicuspidie aortique à la naissance, Randal n’a pas souffert de son état avant la trentaine, période à laquelle il a commencé à éprouver certains problèmes – y compris des bruits cardiaques anormaux. Comme il était à l’époque militaire et très actif physiquement, sa santé cardiaque a été suivie de près. En 1999, il a fallu intervenir, car un de ses ventricules était dilaté. Les médecins de l’Institut de cardiologie ont opté pour un remplacement valvulaire. Randal s’est remarquablement bien remis de l’intervention – le ventricule et son rythme cardiaque sont tous deux revenus à la normale. À l’époque, ses garçons étaient âgés de six et huit ans; il était donc important pour lui de recouvrer sa santé et d’être là pour ses enfants. Il y a quelques années, la valvule remplacée a commencé à donner des signes de faiblesse; on lui a donc substitué une nouvelle valvule aortique et une prothèse aortique en Dacron. Randal se souvient que les deux interventions ont été effectuées par les Drs Bédard et Ruel, et il qualifie d’extraordinaires les soins prodigués à l’Institut de cardiologie – « une expérience exceptionnelle ». En tant que membre de l’Association des anciens patients, il approuve la communauté qu’elle représente et lui est reconnaissant de garder le contact. Il salue d’ailleurs le Dr Keon pour avoir mis sur pied cet organisme. 

Randal a appris l’existence du projet Un baume sur le cœur dans le bulletin de l’Association, où l’on avait lancé un appel aux artistes. Il y a vu une excellente idée. Aux prises avec un cancer de la gorge depuis 2015, l’artiste a passé de nombreuses heures à scruter le plafond des hôpitaux – c’est pourquoi il a immédiatement éprouvé de l’empathie pour les patients à qui ce projet était ultimement destiné. Randal a fait remarquer que les salles d’attente sont souvent agrémentées d’œuvres d’art, mais que celles-ci se font plus rares dans les aires de traitement – les œuvres au plafond pourront ainsi fournir aux personnes alitées quelque chose de plus jovial à contempler. Il a voulu peindre quelque chose qui égaierait les patients, d’où son thème ludique sur les poissons. 

L’Association des anciens patients souhaite remercier ces trois artistes d’avoir accepté de raconter leur histoire. Nous tenons aussi à remercier tous les artistes qui, par leurs œuvres magnifiques, ont apporté un peu de calme et de beauté à nos patients hospitalisés.